
Jappeloup, mon idole de toujours
Il y a des chevaux qui marquent une génération. Pour moi, c'est lui. Jappeloup de Luze a été mon exemple, mon rêve, ma raison de continuer à monter.
Il y a des souvenirs d'enfance qu'on ne choisit pas. Ils s'imposent, ils restent, ils façonnent qui on devient. Pour moi, ce souvenir a un nom : Jappeloup de Luze.
Petite, je ne savais pas encore très bien ce qu'était le saut d'obstacles au plus haut niveau. Mais je savais reconnaître quelque chose d'extraordinaire quand je le voyais. Et Jappeloup, c'était exactement ça.
Un cheval qui n'aurait pas dû
À 158 cm, il était « trop petit ». Issu d'un trotteur français et d'une jument pur-sang, son pedigree ne promettait pas les grands podiums. Les spécialistes avaient des doutes. Et pourtant.
Pierre Durand a cru en lui. Et cette confiance-là — celle qu'on place dans un être qu'on est le seul à voir vraiment — a tout changé. Ensemble, ils sont devenus champions de France, champions d'Europe, et surtout : médaillés d'or olympiques à Séoul en 1988. Le dernier cheval français à avoir décroché l'or en saut d'obstacles aux Jeux olympiques.
Ce qu'il m'a appris sans le savoir
Toute ma jeunesse, Jappeloup a été mon exemple. Pas parce qu'il gagnait — enfin, pas seulement. Mais parce qu'il prouvait quelque chose d'essentiel : la taille, l'origine, les prédictions des autres… tout ça ne compte pas autant qu'on le croit.
Ce qui compte, c'est le cœur. C'est la complicité entre un cheval et son cavalier. C'est la confiance mutuelle, construite dans les bons et les mauvais moments. Aux JO de Los Angeles en 1984, il avait refusé un obstacle. Il aurait pu être vendu, remplacé. Durand a choisi de lui faire confiance. Et quatre ans plus tard, Seoul.
Cette histoire-là, je me la racontais en boucle quand j'étais enfant. Elle me donnait une certitude : les obstacles — ceux de la vie, pas seulement les barres — se passent avec de la patience et de la foi.
Une fin trop tôt
En 1991, Jappeloup est décédé d'un arrêt cardiaque, à seulement 16 ans, deux mois après sa retraite célébrée près de la Tour Eiffel. J'avais le cœur brisé comme si j'avais perdu quelqu'un que je connaissais vraiment.
D'une certaine façon, c'était le cas. Il avait accompagné mes premières années à cheval, mes rêves de gosse, mes envies de m'améliorer. Il m'avait montré qu'on pouvait être underdog et quand même briller.
L'idole qui reste
Aujourd'hui, des décennies plus tard, quand je monte et que quelque chose ne va pas, quand le doute revient, je pense encore à lui. À ce petit cheval bai sombre qui a prouvé au monde entier qu'on n'a pas besoin d'être le plus grand pour être le meilleur.
Merci, Jappeloup. Tu as allumé quelque chose en moi qui ne s'est jamais éteint.
« Et vous — quel cheval ou quel cavalier a allumé la flamme en vous quand vous étiez enfant ? »
Prenez un instant pour y penser lors de votre prochaine séance avec votre cheval.