
Reprendre l'équitation après une pause : ça ne s'oublie pas, c'est juste pas pareil
Quatre chevaux, quatre arrêts, quatre reprises ratées. Ce n'est qu'à la cinquième fois que ça a vraiment tenu.
J'avais quinze ans et Funny Boy depuis deux jours.
Une chute, une fracture de l'épaule, une opération. Il a fallu le laisser partir presque aussitôt, sans même avoir eu le temps de vraiment le connaître. Ensuite, j'ai monté de temps en temps, en vacances, sans jamais que rien ne redevienne sérieux.
Le poulain dans le pré
Il y a eu Silver Stone, un poulain Haflinger que nous avions à la maison. Je l'ai débourré moi-même, seule, dans notre pré. Ces après-midi silencieux, juste lui et moi, personne pour me regarder ni me corriger. Mon cœur en rêvait encore la nuit. Et pourtant, je n'ai jamais raccroché pour de bon.
Monter seule dans un pré, ce n'est pas pareil que monter vraiment.
Nagual, et tout ce qui a suivi
Il a fallu attendre mes enfants pour que ça reprenne sérieusement. J'ai acheté Nagual, un hongre Pur-Sang Arabe magnifique, un peu sur un coup de tête. Des balades dans la forêt de Soignes, et pour la première fois depuis des années, j'étais simplement heureuse à cheval.
Un accident de ski m'a clouée sur une chaise roulante pendant six mois. Nagual, je l'ai donné à la jeune fille qui s'en était occupée pendant ma rééducation. Elle l'aimait déjà. Une part de moi était soulagée.
Après ça, il y a eu Nic It Dun, une jument Quarter Horse de reining. Je n'avais jamais fait de western de ma vie, mais mes genoux ne supportaient plus l'obstacle, et le western, lui, leur convenait. Tourner sur place, glisser en freinant les quatre fers écartés — c'était drôle, sincèrement. Mais ce n'était pas l'obstacle. On ne remplace pas une passion par une solution de confort, même bien intentionnée, même amusante.
Ce qui a fini par tenir
J'accompagnais ma fille à son cours. Juste l'accompagner, semaine après semaine, debout au bord de la carrière. Et puis un jour, sans grande décision : et si je prenais un cours moi aussi.
Tout a recommencé, cette fois pour de bon.
Même les meilleurs repartent de zéro
Jean d'Orgeix, médaillé olympique de saut d'obstacles en 1948, a quitté l'équitation pour devenir champion du monde de voltige aérienne. Il n'est revenu à la tête de l'équipe de France qu'en 1973 — vingt-cinq ans plus tard.
Isabell Werth, la cavalière la plus médaillée de l'histoire olympique, est devenue mère à 40 ans. Elle concourt toujours au plus haut niveau.
Si eux aussi ont dû, un jour, retrouver leurs marques après un vrai détour, alors peut-être que personne n'y échappe vraiment.
Quatre fois, la porte s'était refermée derrière moi. La cinquième, je l'ai poussée pour de bon.
« Combien de fois avez-vous arrêté et recommencé, sans jamais oser le compter ? »
Prenez un instant pour y penser lors de votre prochaine séance avec votre cheval.
À lire aussi


