
Concours de dressage raté : le jour où j'ai monté une anguille
Dimanche, tout était prêt. Amica était belle, les pions avaient tenu toute la nuit, on est arrivées à l'heure, rien oublié. Et pourtant, dès le paddock, j'avais l'impression de monter une anguille.
Les pions ont tenu toute la nuit. Sous le sleazy, sous la couverture. Quand on a un cheval gris, on ne discute pas, on empile.
L'impression de monter une anguille.
Elle est rentrée directement dans la camionnette. Arrivées à l'heure aux Écuries de Happeau. Rien oublié. Sur le papier, tout allait bien.
Sauf que je l'ai sentie tout de suite. Pas connectée. Aux aguets. Pas là.
Au paddock, elle regardait tout. Dans le carré de dressage, mode radar activé. Les fleurs artificielles, mauvaise couleur apparemment. La cabane des juges, pas celle d'habitude. Pas un élément du décor qui lui échappait.
Deux profondes inspirations. La cloche sonne. On y va. Enfin, moi. Elle n'est jamais vraiment allée avec moi.
Rien n'allait. Tête en l'air, raide comme un menhir, écarts devant chaque pot de fleurs. Et le sommet de l'art : à force d'essayer de la ramener avec moi, j'ai oublié ma propre reprise. Cloche. Une erreur. Je recrache. Deuxième erreur.
Lever la main, ce n'était pas possible. Je ne sais pas faire ça. Alors on continue, advienne que pourra.
En sortant, je m'excuse auprès des juges pour la non-connexion avec ma jument. Comme si ça allait changer les points.
En sortie de piste, colère et tristesse mélangées. Nulle. Ou plutôt nulles, avec un s. Parce que ce dimanche-là, ce n'est pas moi qui ai raté toute seule. C'est nous deux.
Puis les minutes font leur effet. Elle n'a pas assuré, c'est certain. Mais moi non plus. Le cheval est le miroir de nos émotions, il faut se rendre à l'évidence. Une étude l'a même mesuré : face à un visage humain en colère, le cœur du cheval s'emballe avant que le cavalier ait dit un mot. Le sien, dit-on, rayonne cinq fois plus loin que le nôtre. Des chercheurs ont même montré qu'ils sentent la peur à l'odeur, dans la sueur, avant même que ça se voie. Pas étonnant qu'il capte tout ce qu'on croit garder pour nous. Fatiguée, pas assez dormi, au Brussels Stephex Masters la veille au soir. Pas dedans. Pas disponible.
Elle, elle était moi.
Et vous savez quoi ? Je ne suis pas rancunière. Amica non plus. Dans deux semaines, on remet ça. Cette fois, moi je dors. Et elle, elle sera parfaite.
Dans deux semaines, on remet ça. Sans anguille, cette fois.
« Et toi, la dernière fois qu'un concours s'est mal passé, qu'est-ce qui t'a aidée à refermer la page ? »
Prenez un instant pour y penser lors de votre prochaine séance avec votre cheval.
À lire aussi


